L'Angoisse du gardien de but au moment du penalty

vendredi 9 mars 2018, 20h30

Salle Henri Langlois

20h30 23h30 (177 min)

75 min / DCP / VOSTF

Avant la projection de L'Angoisse du gardien de but au moment du penalty, Wim Wenders revient sur sa carrière, notamment sur les films présentés dans le cadre de son hommage à la Cinémathèque et sur sa vision du cinéma aujourd'hui.

En octobre 1988, Wim Wenders accepte d'être, le temps d'un numéro spécial, le rédacteur en chef des Cahiers du cinéma. Il dit à propos de L'Angoisse du gardien de but au moment du penalty : « [le film] doit beaucoup à Hitchcock, plus qu'aucun de mes autres films, sans doute parce que le roman de Peter [Handke] s'en inspirait déjà. Dans un plan où Bloch se réveille et voit sa veste sur une chaise, j'ai utilisé la même technique que Hitchcock pour le célèbre plan de la tour dans Vertigo : un travelling avant combiné à un zoom arrière. Quant à la vieille dame qui observe Bloch dans l'autobus, elle sortait directement d'Une femme disparaît. » (Cahiers du cinéma, numéro spécial 400, 1988.)

Masterclass animée par Frédéric Bonnaud.


L'Angoisse du gardien de but au moment du penalty Die Angst des Tormanns beim Elfmeter
Wim Wenders
République fédérale d'Allemagne / 1971 / 102 min
D'après Peter Handke.

Avec Arthur Brauss, Kai Fischer, Erika Pluhar.

Expulsé par l'arbitre, un gardien de but erre dans les rues de Vienne. Il fait la connaissance d'une jeune femme et passe la nuit avec elle.

Restauration 4K à partir du négatif original 35 mm, menée par la Fondation Wim Wenders. Le film a bénéficié d'un nouveau mixage son.
Ressortie en salles le 14 mars 2018. Distribution Les Acacias pour Le Pacte.


Après un premier long métrage en guise de diplôme de fin d’études, Wim Wenders signe à vingt-sept ans cette adaptation d’un roman de l’écrivain autrichien Peter Handke, sous l’égide du Filmverlag der Autoren, structure indépendante qu’il vient de fonder à Munich avec treize autres jeunes réalisateurs. L’histoire est déjà celle d’une errance, mais comme cisaillée au rasoir d’une narration sèchement syncopée. Joseph Bloch, gardien de but professionnel, se voit suspendu au cours d’un match. S’ouvre alors pour lui une parenthèse existentielle, celle d’une dérive hasardeuse dans les rues et les chambres miteuses de Vienne, puis dans un village proche de la frontière hongroise, où il retrouve son amie Hertha, tenancière d’auberge. Le personnage de Joseph est l’incarnation type du sujet moderne, amené à se dissoudre et à s’opacifier dans son expérience du monde. Il joue à son insu le rôle de guide ambigu dans une Autriche des petits métiers de service – guichetiers, veilleurs, policiers municipaux, serveuses, commerçants, etc. ‒, tissant un vaste réseau de banalité dont le contrechamp discret serait l’Amérique (les films à l’affiche, les chansons que crachent les jukebox). Quelle commune mesure entre son geste transgressif (le meurtre) et ce quotidien gourd et blême, parfois secoué par une horreur irréelle ?
À la fin du film, le gardien sera passé de l’autre côté du miroir, pour atterrir dans les gradins d’un nouveau match dont il est devenu, cette fois, le spectateur et même le commentateur attitré.

Mathieu Macheret