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Affiche originale de « The Crimson Kimono » (Samuel Fuller, 1959)

18 janvier 2018

Écrit, produit et réalisé par Samuel Fuller en 1959, The Crimson Kimono est le premier des 4 films du cinéaste réalisés pour Columbia Pictures. Derrière son look pulp haut en couleur, cette affiche américaine originale cache un film en forme de polar urbain tourné en noir et blanc entre Pickup on South Street (1953), House of Bamboo (1955), Underworld U.S.A. (1961) et The Naked Kiss (1965) qui flirtent aussi avec le genre trouble du Film Noir.

Côté distribution, pas de noms connus, excepté celui de la britannique Anna Lee, actrice confirmée passée à Hollywood dans les années 30 qui sacrifie sa féminité et s’enlaidit pour un rôle de femme mûre alcoolique fumant le cigare, comme son metteur en scène. Un personnage de la trempe de celui de Thelma Ritter dans Pick up… qui ne vaut pourtant pas à son interprète d’être citée sur l’affiche. Pas plus que Gloria Pall, alias Sugar Torch dans le film – reine du burlesque vue dans The Night of the Hunter (1955) et Jailhouse Rock (1957) sans être plus créditée aux génériques que dans The Crimson Kimono. Ça n’empêche pas de mettre en avant la silhouette aguicheuse de la stripteaseuse assassinée, élément déclencheur de l’affaire, chevelure raccourcie au passage, le postiche porté dans le film sautant avec le détourage de l’image. Seule la jeune australienne Victoria Shaw est mentionnée, en bas de l’affiche, avant Glenn Corbett et James Shigeta qui font tous deux leurs débuts à l’écran dans les rôles de détectives du LAPD, partenaires et meilleurs amis depuis la guerre de Corée. L’un américain, l’autre d’origine japonaise, Charlie Bancroft et Joe Kojaku partagent appartement et sentiments pour la séduisante artiste Chris. Mais le cœur de la belle ne balance pas longtemps entre le macho hard boiled et une sensibilité artistique partagée avec Joe, le plus classe des deux.

L’affiche insiste lourdement sur le couple pluriethnique. En l’absence de star à annoncer en lettres géantes, elle ne lésine pas sur les taglines choc, aussi grosses que le titre, venant appuyer l’image du baiser fougueux qui occupe ses deux tiers. Les mêmes visuels, mis en couleurs d’après des photos de plateau, sont exploités sur les différentes variantes d’affiches conçues à la sortie du film. Toujours bavardes, comme la plupart des affiches pour les séries B d’exploitation, elles se déclinent selon un même jeu graphique d’encadrés contrastant avec les personnages détourés et des slogans tout aussi atroces qui font passer le héros japonais pour le plus mauvais parti du monde. Contrairement à d’autres, cette version au format one sheet tait totalement la dimension policière, tout comme le film délaisse l’enquête pour les affaires de cœur, se focalisant sur l’amour et l’amitié. Ce qui intéresse Fuller, c’est la relation triangulaire tourmentée. L’intrigue criminelle n’est qu’un alibi pour aborder le racisme – sujet déjà évoqué par Fuller dans Run of the Arrows (1957) et auquel il reviendra encore dans White Dog (Dressé pour tuer, 1982). Après House of Bamboo (1955), entièrement tourné au Japon, The Crimson Kimono explore le Little Tokyo de Los Angeles et fait figure d’exception dans la production cinématographique avec des scènes entières dialoguées en japonais et un couple inédit. Hollywood a déjà montré des couples mixtes mais jamais un Américain d’origine asiatique et une Américaine en vedette. Une des affiches de la série se targue d’ailleurs d’annoncer « Le premier film à raconter la turbulente histoire d’amour entre une jolie fille américaine et un garçon japonais ! » Sam Briskin, le producteur de la Columbia, craignait que cet aspect de l’histoire soit « dur à avaler pour l’américain moyen » et avait demandé à Fuller s’il pouvait rendre l’américain un peu plus « sonofabitch ? (sic) ». Pas question pour Fuller. « La fille choisit le japonais parce qu’il est un homme pour elle, pas parce que l’américain est « sonofabitch ». Toute l’idée de mon film est que les deux hommes sont tous les deux de bons flics et de bons citoyens. La fille tombe juste amoureuse du Nisei. L’alchimie est entre eux. » Une formule explosive pour l’époque, cristallisée dans la réaction réticente du héros : « Chris, ne déclenchons pas une bombe ! ».


  • Type d'objet : Affiche de film
  • Support : Offset – Couleur
  • Année : 1959
  • Pays : États-Unis
  • Format : 104 x 69 cm
  • Crédits : Droits réservés