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Nouri Bouzid ou l’esprit de résistance

Le cinéma tunisien a trop longtemps vécu sous le régime de la censure et de l’autocensure. Née avec l’indépendance nationale, cette cinématographie a eu du mal à se développer, incapable de créer les conditions techniques et économiques de sa survie. Le nombre de salles a chuté (à peine une vingtaine aujourd’hui à travers le pays), le nombre de films réalisés chaque année se comptant sur les doigts de la main. Le cinéma tunisien ne vit pas, il survit. Et pourtant, quelques cinéastes ont résisté, entretenant coûte que coûte l’espoir d’un renouveau. Nouri Bouzid fait partie de cette génération de cinéastes tunisiens qui n’ont jamais renoncé à faire exister un cinéma en prise avec la réalité, osant briser les tabous.

Né en 1945 à Sfax, ayant suivi des études cinématographiques à Bruxelles, ayant passé cinq années en prison sous le régime de Bourguiba du fait de ses opinions politiques, Nouri Bouzid est peut-être le cinéaste tunisien le plus radical, en tout cas le plus cohérent dans sa démarche esthétique et morale, refusant les compromis. La Cinémathèque française lui rend hommage. Ce sera l’occasion d’évoquer avec lui, non seulement son itinéraire de cinéaste, mais aussi sa vision des événements récents et d’avoir un éclairage singulier sur le changement démocratique en cours en Tunisie.

Le cinéma de Nouri Bouzid se caractérise par l’audace de ses sujets. Dans L’Homme de cendres, son premier film remarqué en 1986 (qui obtient plusieurs prix dans des festivals internationaux), il traite du traumatisme sexuel de deux jeunes hommes violés dans leur enfance par leur patron ébéniste. La sexualité est un des thèmes récurrents du cinéma de Bouzid, sujet ô combien tabou dans la société arabe. En 1992, Bezness (avec Jacques Penot et Abdellatif Kechiche) évoque la prostitution masculine de jeunes gigolos tunisiens qui louent leur corps et leur charme à des touristes occidentales pour qui la Tunisie ne se résume qu’au cliché plage +  soleil. Le sexe, Nouri Bouzid l’aborde aussi sous l’angle du trauma et de la pulsion dans Poupées d’argile (2002), qui traite du trafic de jeunes filles qui quittent leur village natal pour devenir des bonnes au sein de familles aisées à Tunis. Il y a comme une obsession chez lui, de se mettre à la place des femmes, de ressentir ce qu’elles ressentent, de réagir comme elles réagissent face au régime féodal qui les écrase. Chez lui, la pulsion est libératrice ou émancipatrice, guidée par un regard aigu sur la société. Poupées d’argile brise le cercle social pour aller vers l’intime, la relation physique, corporelle, entre les personnages. Les hommes boivent (on sait que la religion interdit l’alcool), les femmes dansent, luttent pour conquérir leur liberté, la « loi du père » est bafouée.

L’autre thème abordé par les films de Nouri Bouzid est le conflit entre tradition et modernité. La société tunisienne est traversée par ce dilemme, organisée selon des rites et coutumes ancestraux, contredits par l’évolution moderne. Ce thème est au cœur de Bent Familia/Tunisiennes (1998) où trois femmes s’interrogent sur le mariage, l’une étant divorcée, l’autre en attente d’un fiancé lointain et improbable, tandis que la dernière, mariée à un homme riche et qui jouit du confort matériel, est confrontée à la solitude et au désœuvrement. Pour Bouzid, c’est par les femmes que la société tunisienne s’émancipe. Mais au prix de sacrifices et de douleurs du fait du rejet violent des hommes et de la famille traditionnelle. « Si je pose un regard introspectif sur mes films et les scénarios que j’ai écrits, je trouve un dénominateur commun : ce sont des films foncièrement résistants à la pensée et à la mentalité féodales, dans le sens le plus large du terme. Un enfant qui se fait violer par son patron, dans L’Homme de cendres, des petites filles qu’on ramène de leur village pour en faire des bonnes dans la métropole, dans Poupées d’argile… Toutes les histoires que je raconte illustrent, à chaque fois, cette pensée qui écrase l’être humain ». Bouzid fait corps avec ses personnages, il est à la fois leur témoin et leur confident, le premier spectateur de leurs émois, de leurs rires, de leurs regards, mais aussi de leur détresse et de leur solitude.

Making of (2006) raconte l’histoire d’un jeune homme de 25 ans, Bahta (Lofti Abdelli), bon danseur mais voyou, au chômage et à la limite de la délinquance, qui rêve de s’embarquer clandestinement pour l’Europe (le sujet est toujours d’actualité). Mais nous sommes en pleine guerre en Irak, et les frontières sont alors bien gardées. Bahta se fait embrigader par des intégristes, qui admirent son courage et voient qu’il est piégé, car recherché par la police. Leur chef, marbrier de son métier, se met à l’éduquer, lui donne de l’argent, lui apprend un métier, met en acte un processus de « purification du corps et de l’âme », premier pas vers le sacrifice suprême cher aux partisans du Jihad. On suit avec inquiétude l’évolution du personnage, sa transformation physique et mentale. Et puis, coup de théâtre : l’acteur s’arrête de jouer, se révolte contre le rôle que le réalisateur lui demande de jouer. Nouri Bouzid intervient alors dans le champ, tente de dialoguer avec son acteur pour le convaincre de sauver le film – d’où le titre Making of. Cette dimension du retrait, de la distanciation ou de la mise en abyme du film, est intéressante car elle inscrit dans le processus même du film sa limite ou sa frontière : l’absurdité même de l’engagement extrémiste religieux. Making of est resté bloqué durant un an en Tunisie, sous le prétexte que l’intégrisme n’existe pas…

Serge Toubiana

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