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Histoire et panorama de la cinématographie lituanienne, production surprenante et mal connue, sauf jusqu'à présent deux grandes figures du cinéma moderne et contemporain : Sharunas Bartas (avant-première de Frost) et Jonas Mekas, tous deux présents à la Cinémathèque à l'occasion de cette rétrospective.

De là, de Lituanie, d'ailleurs

Au début, tout a semblé se dérouler « normalement » en Lituanie : le 3 juillet 1897, l'invention des frères Lumière se trouve à Vilnius (alors dans l'Empire russe) pour une projection. Mais la trajectoire ne sera pas du tout rectiligne, loin de là. La jeune nation lituanienne de l'entre-deux-guerres (1918-1940) ne vit pas se former une industrie, qui s'ébauchera seulement après-guerre, sous tutelle soviétique. Dans un premier temps, le « Studio de cinéma lituanien » consiste avant tout à produire, comme ailleurs en URSS stalinienne, un réalisme socialiste plus ou moins coloré localement. Il existe toutefois un cinéma lituanien bien avant la proclamation de l'indépendance, le 11 mars 1990 – le frondeur État balte étant la toute première des républiques d'Union soviétique à s'affranchir de la tutelle de Moscou.

Un exilé

Il est tentant de partir de cette contradiction : le cinéma lituanien a pour plus grand représentant et doyen la figure centrale de l'underground américain. Jonas Mekas acheta « sa » Bolex une semaine après avoir débarqué à New York en 1949, naissant alors au cinéma après être né en Lituanie en 1922, et traversé les tourments de l'Histoire, avant l'exil. Si As I Was Moving Ahead Occasionnally I Saw Brief Glimpses of Beauty (2000) n'est pas son film le plus « lituanien », il concentre toutefois l'idée d'un travail au présent en compagnie du temps écoulé, ce que formalise Mekas en parlant parfois dans un micro alors qu'il est en train de monter un matériau accumulé entre 1970 et 1999. Cette cohabitation des temporalités mais aussi des espaces structure en profondeur son œuvre, où l'on est souvent dans un ailleurs subjectif en étant pourtant bien ici (Lost, Lost, Lost en 1976, Lithuania and the Collapse of the USSR en 2008), déjà dans le souvenir et la mémoire tout en saisissant du présent (Reminiscences of a Journey to Lithuania en 1972). Une tension et une contradiction exprimées par le cinéaste lui-même en ces termes limpides : « Je n'appartiens qu'à un lieu, qu'à ce lieu que fut mon enfance et qui s'en est allé pour toujours1. »

Émergence

L'émergence au cours des années 1960 d'un cinéma lituanien est considérée comme soudaine. Elle est portée par une génération dont de nombreux membres ont été formés au VGIK à Moscou avant de revenir « au pays » pour travailler au sein du studio national : Almantas Griškevičius, Raimondas Vabalas, Algirdas Dausa... Ces films se distinguent par leur visée poétique, le recours à la métaphore et au symbolisme dans des mises en scène amples et ambitieuses, virtuoses et lyriques, s'appuyant sur des commentaires sonores et musicaux sophistiqués. Jausmai (Feelings, Algirdas Dausa et Almantas Griškevičius, 1968) ou Gražuolė (The Beauty, Arūnas Žebriūnas, 1969) représentent bien cette veine qui fait aussi la part belle à l'introspection, comme s'il s'agissait de percer le secret des âmes. On retrouve ce sens de l'introspection dans Sadūto Tūto (1974), où Almantas Griškevičius interroge l'anticonformisme dans un contexte où il vaut mieux ne pas l'être. Le ton est aussi plus nonchalant, parfois franchement badin, prenant place dans une forme énergique et un montage dynamique. Les années 1970 voient aussi surgir un film historique du cinéma lituanien : Velnio nuotaka (The Devil's Bride, 1973). Arūnas Žebriūnas se trouve aux commandes de cette curieuse – euphémisme ! – comédie musicale bariolée aussi bien inspirée par le folklore que par les seventies « endiablées » – il s'agit du récit d'un règne satanique terrestre particulièrement licencieux.

Des appels d'air

Alors que le vent du changement se précise à la fin des années 1980, le cinéma reçoit, logiquement, cet appel d'air. Vaikai iš Amerikos viešbučio (The Children from the Hotel America, 1990) de Raimundas Banionis fait à cet égard figure d'étendard. En ancrant le récit en 1972 à Kaunas, il se réfère à l'immolation cette année-là et dans cette ville de Romas Kalanta, un geste sacrificiel de révolte comparable à celui de Jan Palach effectué à Prague en 1968. Considéré comme l'acte de naissance du cinéma indépendant (même s'il reste produit par le studio national), ce film met en scène une jeunesse rebelle dont les yeux et les oreilles sont dressés vers l'autre côté du rideau de fer.

Une dynamique cinématographique se noue donc à la fin des années 1980, avec le rôle central du Studija Kinema, structure de production indépendante fondée en 1989. La forme documentaire y tient une place importante : Audrius Stonys (Earth of the Blind, Antigravitation), Arūnas Matelis (Ten Minutes Before the Flight of Icarus), Sharunas Bartas (In the Memory of a Day Gone By). S'avançant comme des méditations sur la condition humaine, ces films marquent par leur somptueuse plasticité ; on est aussi frappé par le mutisme, par la fragilité des êtres filmés (aveugles, marginaux, handicapés), leur présence au monde singulière et poétique. Fondateur du Studija Kinema, Bartas est le représentant le plus identifié de cette génération, en raison de la reconnaissance festivalière et critique dont il jouit depuis les années 1990. De Trois jours (1991) jusqu'à Frost (2017) en passant notamment par Corridor (1995), il tisse avec exigence une œuvre magnétique qui fait dialoguer visages et paysages. Représentant d'une veine cinématographique qui ne (se) met pas en mot, Bartas travaille en laborantin, avec une foi immense, à l'agencement des images et des sons – il est assurément l'un des grands cinéastes sonores, ayant inspiré par exemple l'Ukrainien Sergei Loznitsa.

Ce programme permet de constater que les productions lituaniennes les plus récentes suivent des voies multiples – peu de choses communes, par exemple, entre Together for Ever (Lina Lužytė, 2016) et The Summer of Sangaile (Alantė Kavaitė, 2015). Mais si le premier formule un diagnostic social à travers la sphère familiale, le second reste profondément marqué par une forme et un imaginaire poétiques, dont la vision et l'écoute offrent des expériences sensorielles.

Arnaud Hée

1. Jonas Mekas, Ciné-journal, un nouveau cinéma américain (1959-1971), Paris Expérimental, 1992.

Infos pratiques

Tarifs

  • Plein tarif 6,50 €
  • Tarif réduit 5,50 €
  • Moins de 18 ans 4 €
  • Carte Ciné Famille Adultes 5 €
  • Carte Ciné Famille Enfants 3 €
  • Libre Pass Gratuit

Ouverture des ventes en ligne le 23/08 à 12h

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Dans les salles

Films, rencontres, conférences, spectacles

Du 15 au 28 janvier 2018

Les films

Courts métrages contemporains

Courts métrages d'animation

Week-end Jonas Mekas

Rencontres et conférences

Lundi
Mardi
Mercredi
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Dimanche

Partenaires et remerciements

Rétrospective organisée à l'occasion du centenaire du rétablissement de l'État Lituanien.

Rolandas Kvietkauskas (directeur de l'Institut du film lituanien), Dovile Butnoriut (responsable de département à l'Institut du film lituanien), H.E. Dalius Cekuolis (ambassadeur de Lituanie en France), Vida Gražnie (attachée culturelle de Lituanie en France), Sharunas Bartas, Giedre Beinoriute, Alanté Kavaité, Arunas Matelis, Jonas Mekas, Audrius Stonys, Meno Avilys, K. Remeikaite, Ciobreliai, Artbox, Artshot, Monoklis, Apricot Films, Wkrs, W. Ramanauskaite, Luxbox, Kinema, Pip Chodorov, Justamoment, Arte, Lietuvos Kino Studija, UFO Distribution.

Avec le soutien de l'Ambassade de Lituanie en France

Ambassade de Lituanie Lithuanian Film Centre